DOORSHAN, la face sombre a le sens du groove
Après Positive Side, paru en 2025, DOORSHAN dévoile l’autre versant de son projet avec Negative Side, sorti début octobre. Sept nouveaux titres où le quatuor rouennais durcit le ton, assombrit les textes et entretient cette furieuse envie de faire bouger les corps. Rock, Metal, électro, rap et pulsations dansantes, les frontières prennent une nouvelle fois quelques coups de semonce.
La formule volcanique
Formé à Rouen à la fin de l’année 2010, DOORSHAN a progressivement construit son identité autour d’un mélange de rock, de pop, d’électro et de hip-hop, avant de laisser davantage de place aux sonorités Metal et industrielles. Un premier EP en 2012, plusieurs tremplins remportés et une expérience grandissante sur les scènes normandes conduisent notamment à la sortie de Revert en 2020.
L’arrivée de Burnie en 2021 marque un véritable changement de braquet. Au chant et aux synthés, elle apporte une présence qui transforme la dynamique du groupe. Cette musicienne engagée dans plusieurs projets trouve chez DOORSHAN un terrain à la mesure de son tempérament, libre, expressif et volontiers explosif.
À ses côtés, Sebb assure la guitare et le chant, Yann la basse et la programmation, tandis que Yannis tient la batterie et les samples. Une formation qui semble avoir trouvé son équilibre entre assise rythmique, électronique et complémentarité vocale. La formule est volcanique, mais chacun participe à canaliser l’éruption.
Deux faces, une montée en tension
Avec ses sept titres, Positive Side avait installé les contours de cette nouvelle identité. De « Knife Edge » à « Insane », en passant par « More Women On Stage » et « Dans Mes Ears », DOORSHAN affirmait un goût pour les mélanges et les morceaux capables de provoquer une réaction immédiate.
Negative Side prolonge cette démarche en appuyant davantage sur les zones d’ombre. Lors de notre entretien, les musiciens expliquaient avoir voulu deux parties distinctes, réunies par une même énergie. Sur cette seconde moitié, ils ont, selon leur propre expression, « lâché un peu les chevaux ».
Cette différence se retrouve aussi dans les textes de Burnie. Aux sujets parfois plus légers de la première partie succèdent les relations humaines qui se dégradent, la négativité véhiculée par les réseaux sociaux, le malaise et les fragilités psychiques. Le titre Negative Side traduit donc une intention qui traverse autant les paroles que la musique.
De « The New World » à « No Me Van A Bajar », avec « Hurricane », « Truth In Flames », « Lady Death », « Cadillac » et « Only Shame » entre les deux, le groupe poursuit son exploration avec une envie manifeste de bousculer son propre cadre.
Des lignes qui se croisent, une identité qui se dessine
Sur un fond blanc presque clinique, des traits noirs épais, tendus et anguleux s’entrecroisent. Le regard cherche une forme, tente d’identifier une structure. Dans le coin inférieur droit, la mention Negative Side vient signer cet assemblage abstrait.
Cette sobriété graphique intrigue, des directions qui se croisent, des éléments qui se superposent et finissent par construire un ensemble cohérent. Rock, metal, électro, rap, pop et punk deviennent autant de lignes dont la rencontre produit sa propre logique.
Le riff au service du mouvement
La guitare privilégie l’efficacité rythmique. Sebb mise sur des riffs qui structurent les morceaux, donnent du poids aux relances et laissent aux voix comme aux machines l’espace nécessaire. Les samples, les boucles et les synthés participent pleinement à la construction des titres.
Burnie affirme sa personnalité vocale avec cette façon d’embarquer l’auditeur dans le morceau. Le chant de Sebb apporte une autre couleur, tandis que la basse et la batterie entretiennent une tension qui donne à l’ensemble sa force physique. C’est probablement ce qui me marque le plus chez DOORSHAN.
Les refrains s’accrochent, les pulsations insistent, les motifs reviennent jusqu’à prendre possession du corps. Il y a quelque chose de clubber dans cette mécanique. Un club installé sous les amplis, où les guitares saturées auraient pris le contrôle de la piste.
On peut penser à Linkin Park pour la rencontre entre électronique, guitares lourdes et chant accrocheur, à Shaka Ponk pour l’exubérance, ou parfois à Korn lorsque l’atmosphère s’épaissit. Ces rapprochements donnent quelques repères, mais le caractère de DOORSHAN tient surtout à la manière dont le groupe organise ces influences autour de son propre goût du groove.
La scène dans la tête, le public dans les jambes
Cette dimension physique trouve une explication très concrète dans notre interview, DOORSHAN compose en imaginant la réaction du public. Un riff fait immédiatement naître une question chez les musiciens, que se passera-t-il dans la salle à ce moment-là ?
Cette façon de travailler traverse le disque. Les morceaux portent en eux les mouvements, les relances et les moments de communion qu’ils pourront provoquer en concert. L’énergie semble circuler entre le groupe et un public déjà présent dans son esprit au moment de l’écriture.
Les expériences accumulées ont certainement nourri cette approche, scènes normandes, tournée en Angleterre, premières parties de Shaka Ponk, de Sidilarsen, de Tagada Jones ou des Wampas, passages à Rock in Évreux, à Chauffer dans la Noirceur et au Hellfest Off 2025.
Lors de notre échange, les musiciens expliquaient aussi avoir préparé un set plus Metal et particulièrement resserré pour À Core et à Cris, avec très peu de temps morts. Cette volonté d’adapter l’intensité à l’affiche témoigne d’un groupe attentif à ce qui se joue devant lui. DOORSHAN aime faire participer, entraîner et partager cette dépense d’énergie collective.
Une voix qui prend sa place
Le Girl Power revendiqué par DOORSHAN s’inscrit dans cette présence scénique. Sur Positive Side, « More Women On Stage » formulait déjà clairement le message. Burnie lui donne un prolongement concret par la place qu’elle occupe au sein du groupe et par sa manière d’habiter les morceaux.
Son rôle dépasse largement celui d’une voix posée sur des guitares. Autrice des textes, musicienne et frontwoman, elle contribue directement à l’identité de cette nouvelle période. Sur Negative Side, les sujets plus sombres lui offrent un autre espace d’expression, où la rage, la tension et le malaise peuvent se transformer en énergie partagée.
C’est aussi ce qui rend le mélange attachant, derrière son efficacité immédiate, la musique conserve une personnalité et quelque chose à exprimer.
LocoMuerte, une rencontre qui fait des étincelles
Avec « No Me Van A Bajar », DOORSHAN accueille El Termito de LocoMuerte pour conclure cette seconde partie. Une rencontre entre groove crossover et machine rock-metal-électro dont l’esprit colle parfaitement au projet.
Les musiciens expliquent que cette collaboration était née d’une affinité humaine autant que musicale, après une rencontre en festival. L’envie de faire intervenir l’espagnol sur cette seconde partie, après un titre en français sur la première, a rapidement conduit à ce choix.
Ce rapprochement possède une évidence, les deux formations partagent le goût du rythme, de l’impact et du public embarqué dans le mouvement. De quoi donner une saveur particulière à cette dernière cartouche.
Une face sombre qui donne envie de vivre fort
Negative Side transforme la tension en mouvement. Les textes explorent une part moins lumineuse des rapports humains, tandis que la musique lui oppose une énergie qui appelle le défoulement. Cette rencontre entre noirceur et plaisir physique donne au disque une bonne part de son intérêt.
L’efficacité des morceaux, la complémentarité des voix et cette façon de faire dialoguer riffs et électronique sans perdre le fil. Le plaisir est immédiat, les refrains restent et l’esprit live traverse l’ensemble. C’est une sortie qui méritent de retenir l’attention.
DOORSHAN possède les arguments pour trouver sa place sur des affiches rock, Metal, électro ou plus éclectiques, une personnalité qui s’affirme et une envie communicative de jouer.
