introduction, prélude à la chronique, situation, spéciale dédicace

The Ember Gone

sortie : 28 août 2026

Depuis près de trente ans, GOROD est devenu une référence incontournable du death metal technique et progressif français. Originaire de Bordeaux, le groupe voit le jour en 1997 sous le nom Gorgasm, avant de devenir GOROD en 2005 afin d’éviter toute confusion avec un groupe américain portant le même nom. Depuis, les Bordelais n’ont cessé de repousser les limites du genre en mariant une technique instrumentale redoutable, un sens du groove étonnant et une écriture toujours plus ambitieuse.

Mathieu Pascal annonçait avant la sortie que The Ember Gone serait sans doute l’album le plus singulier de leur carrière, avec une volonté assumée de revenir à l’esprit progressif de Transcendence tout en explorant des territoires plus atmosphériques, plus ouverts et plus riches en nuances. Une déclaration qui pouvait sembler ambitieuse, mais qui prend rapidement tout son sens à l’écoute.

Dès les premiers morceaux, on retrouve évidemment ce qui fait l’ADN de GOROD, riffs acérés, métriques improbables, changements de rythme permanents et une section rythmique qui semble jouer avec les lois de la physique. Pourtant, derrière cette technicité toujours aussi impressionnante se cache une approche plus respirable, davantage tournée vers la musicalité que vers la simple démonstration.

Forgiveness est probablement l’un des meilleurs exemples de cette évolution. Le morceau développe une structure très progressive où les différentes ambiances s’enchaînent avec une fluidité remarquable. Les passages chantés, plus soutenus et presque mélodiques par moments, apportent une vraie respiration sans jamais faire retomber la tension.

Puis arrive Crimson, sans doute la pièce maîtresse instrumentale du disque. Plus qu’un simple interlude technique, c’est une véritable démonstration de composition progressive. Les amateurs de rock progressif pourront même y trouver leur compte tant le morceau dépasse largement les frontières du death metal technique. Ici, chaque musicien brille sans jamais tomber dans l’exercice de style gratuit.

Le surprenant Ember marque une véritable parenthèse au cœur de l’album. Ce court intermède suspend littéralement le temps, offrant à l’auditeur un instant de respiration avant de replonger dans un déluge de riffs ciselés et de structures complexes. Une transition particulièrement réussie qui met encore davantage en valeur les morceaux qui suivent, où GOROD retrouve son équilibre entre puissance, technicité et mélodies accrocheuses.

Le disque s’achève avec Remains, un final particulièrement inspiré. Derrière son apparente brutalité se cachent de superbes envolées émotionnelles qui concluent The Ember Gone avec intensité et élégance. Une fin qui laisse une impression durable et donne immédiatement envie de relancer l’album depuis le début.

Je trouve même que Ember joue un rôle essentiel dans la dynamique de l’album, ce n’est pas un simple interlude, mais un véritable sas de décompression qui renforce l’impact émotionnel de Remains. C’est le genre de détail qui montre que GOROD a pensé The Ember Gone comme une œuvre complète, et non comme une simple succession de morceaux.

Les autres titres de l’album conservent cette exigence permanente. GOROD joue constamment avec les contrastes, violence et mélodie, groove et complexité, puissance et finesse. Les arrangements sont particulièrement soignés et les deux guitaristes construisent un dialogue permanent, soutenus par une basse très présente et une batterie d’une précision chirurgicale.

Le chant de Julien Deyres reste fidèle à lui-même, puissant, agressif, parfaitement intégré aux compositions sans chercher à occuper tout l’espace sonore.

Entièrement produit par Mathieu Pascal puis mixé et masterisé par David Thiers, The Ember Gone bénéficie d’une production moderne, claire et puissante. Chaque instrument trouve sa place, ce qui est indispensable lorsqu’on évolue dans un registre aussi dense. Même lors des passages les plus complexes, la lisibilité reste exemplaire.

La pochette, réalisée par Hugo Gravel, représente un immense visage de pierre consumé de l’intérieur par des braises rougeoyantes. Cette sculpture fracturée semble lentement s’effondrer sous l’effet d’un feu interne. L’image traduit parfaitement le titre de l’album (The Ember Gone), évoquant autant la disparition que les dernières lueurs d’un monde en train de s’éteindre. Sobre, inquiétante et élégante, elle accompagne parfaitement les thématiques abordées par le groupe.

Pour accompagner la sortie de l’album, GOROD repartira en tournée européenne à l’automne 2026 aux côtés d’Allegaeon et Abysmal Dawn, une affiche qui devrait ravir les amateurs de death metal technique.

GOROD continue d’évoluer sans jamais renier son identité. Là où beaucoup de groupes techniques finissent par privilégier la démonstration à l’émotion, les Bordelais semblent avoir trouvé un équilibre particulièrement convaincant. The Ember Gone est un album exigeant mais jamais hermétique, complexe mais étonnamment fluide.

Et rassurez-vous, malgré toutes ces signatures rythmiques impossibles, vous pouvez toujours hocher la tête en rythme,  il faudra simplement accepter qu’elle ne retombe jamais exactement là où vous l’attendiez.

Une nouvelle démonstration de maîtrise signée par l’un des groupes français les plus créatifs de la scène metal actuelle.

Sylvain, Metal Decadence

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