Leprous au Tetris : une leçon magistrale de prog, d’émotions et de virtuosité
Leprous, venu des hautes contrées norvégiennes, ce sont 25 ans d’existence et 8 albums au
compteur. Mené par le chanteur Einar Solberg, c’est aujourd’hui l’un des groupes de metal
progressif les plus en vogue, tant par son exigence musicale que par sa capacité à s’ouvrir à
d’autres styles, – et donc se rendre plus accessible. Einar Solberg le dit lui-même : « Je me fiche des
genres, tant que ça me plaît. »
Si l’étiquette « metal progressif » colle donc à la peau du quintet norvégien, Leprous n’hésite pas à
faire des sauts vers le rock, la pop, le classique ou encore le metal symphonique. Un joyeux
mélange qui a su, au fil du temps, trouver son public et ses fidèles.
Car si la salle du Tetris, en ce vendredi 6 février 2026, n’affiche pas complet, elle recèle toutefois un
beau vivier de mélomanes en tout genre, clairement heureux de pouvoir admirer un groupe de
cette envergure dans notre « petite » ville du Havre. Jeunes et moins jeunes sont ici en pèlerinage
metal, et côté vestimentaire, chacun arbore fièrement ses couleurs : de Gojira à Dream Theater en
passant par Opeth ou Porcupine Tree, impossible de s’y méprendre. Étiquette ou non, on est là
pour écouter du prog, et du gros son !
Il faut toutefois attendre 21h45 pour voir nos lépreux préférés s’emparer de la scène. La salle est
d’abord chauffée par Crystal Horizon, jeune formation issue des mêmes contrées sud-norvégiennes
que leurs aînés et déjà très carrée. Le groupe britannique – principalement écossais, excepté l’un
des deux guitaristes venu d’Angleterre et toléré au sein du collectif parce qu’ils sont sympa – Ihlo
enchaîne. Morceaux riches et tortueux, batterie omniprésente, grosse énergie : ils ont
parfaitement leur place en ouverture de Leprous.
Pendant l’interlude, le public reste en terrain conquis : passent des morceaux de Porcupine Tree,
Vola ou encore Sigur Ros. L’ambiance est posée.
Leprous arrive sur scène à heure dite et entame son set sur Silently walking alone, chanson qui
ouvre également leur dernier opus, Melodies of Atonement, sortie en 2024. Un titre que le groupe
utilise depuis deux ans pour démarrer son show, et qui d’emblée pose les fondations : riffs de
guitare aigus, breaks, contretemps, envolées vocales. La machine Leprous est lancée !
S’en suit l’excellent Illuminate et son riff saccadé, puis Mirage, issu du même album Malina, sorti
en 2017. Un titre moins connu et moins souvent joué que les autres, qui permet au public de se
mettre tranquillement dans l’ambiance. Leprous enchaîne avec My Specter, titre du dernier album.
Là encore, un riff qui sonne comme une ritournelle, une entrée en matière tout en douceur, la voix
d’Einar Solberg qui caresse les poils tendus sur les bras, puis l’explosion. La sauce prend et le public
termine de se chauffer sur l’incontournable Below.
En 2025, Leprous s’attaquait à un monument de la pop internationale, preuve s’il en est que le
groupe refuse les carcans. Avec Take on me d’A-ha, le groupe rallie toute la salle à sa cause, même
celles et ceux qui auraient pu être là par hasard. Retour aux classiques sauce Leprous avec
Alleviate, un titre splendide issu du non-moins magnifique Pitfalls (2019).
Les têtes se secouent dans tous les sens, et sur scène, les musiciens donnent tout. Caché derrière
sa batterie, Baard, fantasque batteur au talent infini, à la technique maladive et à la précision
chirurgicale, frappe ses fûts comme si sa vie en dépendait. Les autres membres ne sont pas en
reste. Chanteur, bassiste et guitaristes se croisent et se décroisent, occupent la scène avec une
énergie folle, jouent avec le public. Qu’il joue salle Pleyel ou au Tetris, Leprous sue de la même
façon.
Jovial, loquace et taquin, Einar joue avec le public. En anglais, il demande s’il y a des fans de la
première heure. Des mains se lèvent. Et que veulent les fans de la première heure ? Un vieux
morceau ? Plutôt court ? Un peu plus long ? Ou beaucoup plus long ?
Ce que le public veut, c’est Forced Entry. Rien d’autre. Parce qu’un concert de Leprous sans Forced
Entry, c’est Picasso sans Guernica, Pâques sans chocolat, Véronique sans Davina. Morceau culte de
dix minutes potentiellement inaudible pour une oreille non avertie, Forced Entry est à l’inverse
totalement jouissif pour tout fan de Leprous qui se respecte. Le groupe le sait et s’emploie à faire
de la chanson un moment suspendu. Bienvenus, mesdames et messieurs, dans un concert de
PROG.
Et le prog, il continue avec Slave, morceau tout aussi long et envoûtant de 2015. Einar y lâche
quelques growls de son cru, le public en redemande. S’en suit Nighttime disguise, histoire de
conclure le set autour d’une batterie en folie, de cassures rythmiques et d’envolées vocales
délirantes. C’est complexe, c’est ultra technique, et qu’est-ce que c’est bon !
Le groupe s’éclipse, mais le public tape des pieds. Alors Leprous s’exécute. Et entame son titre
phare, From the flame. La salle, chauffée à blanc, chante même les coeurs les plus aigus – juste ou
pas, peu importe, le groupe est là pour nous couvrir. Le show se termine sur Atonement, histoire
de faire un rappel au dernier album, finalement peu joué lors de ce concert d’1h30.
Essoufflé, tout sourire, le groupe salue chaleureusement le public et sert quelques pinces au
premier rang avant de quitter la scène. Einar nous a dit qu’ils reviendraient. Ils avaient l’air
sincèrement heureux d’être là. Nous aussi
Live report: Mélusine
Photo: Pixels.stotry/stephane Marry
