À Core et à Cris Metal Fest : une première réussie… et déjà une deuxième édition en vue
Le 12 septembre 2026, le Val-aux-Grès de Bolbec accueillait la toute première édition du À Core et à Cris Metal Fest. Porté par Enoly Productions, ce nouveau rendez-vous normand a réuni environ 650 festivaliers autour d’une affiche volontairement éclectique. Des premières notes de Karma Until Tomorrow jusqu’au chaos parfaitement maîtrisé de Locomuerte, la journée n’a cessé de monter en puissance. Et avant même que les amplis ne refroidissent, une information est venue confirmer le succès de cette première : une deuxième édition est déjà prévue, une annonce confiée en exclusivité à Metal Décadence.
Pour une première édition, le défi était de taille. Créer un nouveau festival Metal ne consiste pas seulement à aligner quelques groupes sur une affiche : encore faut-il trouver un lieu adapté, convaincre le public, proposer une identité propre et surtout donner envie de revenir.
À Bolbec, À Core et à Cris semble avoir passé ce premier examen avec une certaine assurance.
Sous un beau soleil, les portes du Val-aux-Grès ouvrent à 13 h. Dès l’arrivée sur le site, la configuration des lieux apparaît comme l’un des premiers points forts du festival. L’esplanade offre de l’espace, une circulation relativement naturelle entre les différents pôles et, surtout, une capacité qui laisse entrevoir de belles possibilités d’évolution pour de futures éditions.
La formule avait été pensée autour de deux scènes, de huit formations sur la scène principale et des interventions régulières de Burnt Offerings sur l’Open Stage, le tout accompagné de food trucks, buvettes, merchandising et différents exposants.
Progressivement, les festivaliers prennent possession des lieux. Familles, habitués des concerts Metal, soutiens des groupes locaux ou simples curieux se côtoient. Environ 650 personnes auront finalement participé à cette première aventure.
Et ce qui frappe rapidement, c’est justement le mélange des générations. À Core et à Cris ne donne pas l’impression de vouloir réserver le Metal à un cercle d’initiés : le festival cherche au contraire à créer un rendez-vous accessible, convivial, où l’on peut venir pour un groupe et repartir en ayant découvert les autres.
Un tremplin six mois plus tôt
Car l’histoire de cette première édition n’a pas commencé le 12 septembre.
Le 27 mars 2026, La Fabrik à Sons accueillait le Tremplin Metal À Core et à Cris, organisé en partenariat avec Enoly Productions. Sept groupes normands avaient alors été retenus pour participer à la soirée.
Au terme de la compétition, deux formations avaient finalement décroché leur billet pour septembre : Karma Until Tomorrow, récompensé par le public, et Carbonic Fields, choisi par le jury.
Plus qu’une simple sélection, ce tremplin donnait donc une vraie continuité au projet. Les groupes émergents n’étaient pas là pour remplir un créneau en début d’après-midi : leur victoire avait une finalité concrète, celle d’intégrer l’affiche du festival quelques mois plus tard.
Et c’est justement à l’un de ces deux vainqueurs que revient la responsabilité d’ouvrir les hostilités.
Karma Until Tomorrow : du tremplin à l’Open Air
Karma Until Tomorrow se retrouve ainsi en première ligne
Quelques mois seulement après sa victoire au prix du public, le groupe normand passe cette fois à l’échelle supérieure et ouvre officiellement la première édition du festival.
Le groupe évolue dans un mélange de Rock, Metal et Electro, une identité suffisamment large pour remplir parfaitement son rôle en début de journée : faire entrer progressivement le public dans le festival sans pour autant ménager les amplis.
À cette heure, les festivaliers continuent encore d’arriver, les premiers verres circulent et chacun prend ses repères. Mais devant la scène, le public commence déjà à se constituer.
Pour Karma Until Tomorrow, ce concert a également une saveur particulière : il matérialise tout simplement le chemin parcouru depuis le tremplin de mars. Une victoire devant le public qui, six mois plus tard, conduit le groupe sur la scène principale.
La boucle est joliment bouclée.
Carbonic Fields : Spiritus Mentis sort tout juste du four
Le relais est ensuite pris par le second lauréat du tremplin : Carbonic Fields.
Mais entre mars et septembre, l’actualité du groupe havrais a considérablement évolué.
Cinq jours seulement avant À Core et à Cris, le 7 septembre 2026, Carbonic Fields a publié son deuxième album concept, Spiritus Mentis. Le disque développe une approche plus symphonique et cinématographique autour d’un récit consacré à l’endoctrinement et à la perte progressive de liberté, avec un mélange de textures orchestrales, de passages acoustiques, de swing et de blast beats.
Autant dire que le passage à Bolbec tombe au meilleur moment.
Après avoir convaincu le jury en mars, Carbonic Fields dispose désormais d’un nouveau matériau à défendre sur scène. Et c’est précisément là que les compositions prennent tout leur intérêt, les changements d’atmosphère et cette volonté de ne pas rester enfermés dans un seul registre donnent au set une personnalité particulière.
Ce concert ressemble donc moins à un simple rappel de leur victoire au tremplin qu’au début d’un nouveau chapitre pour le groupe.
MÜ : Nantes apporte une autre couleur
Changement d’ambiance avec les Nantais de MÜ.
Et c’est justement l’un des intérêts de la programmation de cette première édition : ne pas avoir cherché à faire jouer huit groupes interchangeables.
MÜ apporte une dimension davantage post-metal et progressive, avec une approche plus atmosphérique qui tranche avec ce qui a précédé. La journée commence alors à prendre sa véritable physionomie : les groupes s’enchaînent, mais les univers changent suffisamment pour maintenir la curiosité.
Pour une partie du public, MÜ constitue clairement l’une des découvertes de cette première édition.
Et pendant ce temps, devant la scène, les espaces commencent à se remplir davantage. La température monte doucement — et pas uniquement à cause du soleil.
Stronghold : les locaux sortent l’artillerie
Avec Stronghold, on entre dans un registre nettement plus frontal.
Le groupe havrais, fondé à la fin des années 1990 et solidement ancré dans un registre death/thrash particulièrement musclé, n’arrive pas en terrain inconnu.
Mais ce rendez-vous de Bolbec possède un intérêt supplémentaire puisque Stronghold se présente avec son nouveau line-up.
Et celui-ci ne vient visiblement pas faire de la figuration.
Le son se durcit, les riffs prennent davantage de poids et Stronghold livre une prestation puissante, compacte, parfaitement à sa place dans le déroulement de la journée.
À mesure que le set avance, le festival franchit clairement un palier en intensité. Les premiers concerts ont installé l’ambiance ; Stronghold commence sérieusement à secouer le Val-aux-Grès.
Burnt Offerings : quatre respirations, quatre façons de revisiter les années 90
Pendant toute cette montée en puissance, l’Open Stage joue pleinement son rôle.
Burnt Offerings – Tribute Metal 90’s y assure pas moins de quatre passages, avec à chaque fois une orientation différente.
Une excellente idée dans la construction de la journée : plutôt que de laisser retomber complètement l’ambiance pendant les changements de plateau, le festival maintient une activité musicale permanente.
Burnt Offerings possède pour cela un terrain de jeu presque inépuisable. Le collectif havrais revisite les grands noms du Metal des années 1990, de Megadeth à Testament, en passant par Machine Head, Cannibal Corpse, Pantera, Slayer ou encore Fear Factory.
Quatre passages, quatre couleurs et autant de petites madeleines au goût de double grosse caisse.
L’Open Stage ne fait donc pas simplement office de scène d’attente : elle devient progressivement une composante à part entière du festival.
JIRO : le gros son est de sortie
Arrivent ensuite les Parisiens de JIRO.
Et là, la première impression est assez simple : ça sonne gros.
Le groupe évolue dans un Metal moderne où les riffs massifs rencontrent des passages beaucoup plus aériens. Quelques mois auparavant, le 17 avril 2026, JIRO a publié son deuxième EP, Adrift in Silence, cinq titres avec lesquels le groupe affirme une identité plus personnelle, notamment autour du groove et des contrastes entre lourdeur et mélodie.
Sur la scène de Bolbec, cette recette fonctionne particulièrement bien.
Le groupe livre une prestation solide et le son donne toute l’ampleur nécessaire aux compositions. On sent également que JIRO a déjà beaucoup tourné au cours de l’année : la formation est en place, directe et efficace.
À ce moment-là, le public est désormais bien installé et le festival a clairement changé de rythme.
Le début d’après-midi est loin derrière.
DoorShan : electro, Metal et Girl Power
Avec DoorShan, nouvelle bifurcation musicale.
Le groupe normand introduit une forte composante électronique dans la soirée. Machines, rythmiques massives et guitares se rencontrent dans une formule qui, sur certains passages, évoque inévitablement cette urgence électronique et rock que l’on peut retrouver chez The Prodigy.
Mais DoorShan ne se contente pas de délivrer ses morceaux : le groupe cherche constamment l’interaction.
Et l’un des meilleurs exemples arrive avec « More Women on Stage ».
Comme son nom l’indique assez clairement, pas besoin de sortir le dictionnaire : les filles sont invitées à rejoindre le groupe sur scène.
Rapidement, la frontière entre public et musiciens disparaît. La scène se remplit, l’ambiance devient festive et le morceau prend une dimension qui dépasse largement sa version studio.
Le titre fait partie du projet Hyperdrive, au même titre que « No Me Van A Bajar », enregistré avec LocoMuerte.
Et justement, cette connexion entre les groupes ne va pas tarder à prendre une dimension très concrète sur scène.
Des featurings qui donnent tout son sens au mot « festival »
L’un des aspects les plus sympathiques de cette première édition vient en effet des nombreuses passerelles entre les formations.
El Termito, de Locomuerte, rejoint DoorShan sur « No Me Van A Bajar ».
Le featuring n’est pas improvisé pour l’occasion : LocoMuerte est déjà crédité sur la version du morceau figurant sur Hyperdrive. Mais le voir prendre vie devant le public de Bolbec lui donne naturellement une tout autre dimension.
El Termito retrouvera ensuite également Bukowski, avant qu’un autre moment partagé ne réunisse à son tour Bukowski et Locomuerte.
Ces apparitions croisées contribuent beaucoup à l’ambiance de la soirée.
Les artistes ne donnent pas l’impression d’arriver, de jouer puis de repartir aussitôt. Ils restent sur place, assistent aux concerts, se croisent et montent parfois sur scène avec les copains.
C’est précisément ce genre de moments qui transforme une série de concerts en festival.
Bukowski : changement de programme, mais certainement pas baisse de régime
Initialement absents de l’affiche, Bukowski ont rejoint la programmation après le remplacement de SUN.
Un changement de dernière minute qui aurait pu fragiliser la partie haute de l’affiche.
Ce sera tout l’inverse.
Avec son Rock/Metal lourdement teinté de stoner, Bukowski apporte une nouvelle texture à la soirée. Les riffs sont épais, le groove prend son temps quand il le faut et la puissance reste omniprésente.
Le groupe possède surtout l’expérience nécessaire pour prendre rapidement possession d’une scène et ne donne jamais le sentiment d’être arrivé là pour simplement combler une case laissée vide.
Bukowski transforme donc ce remplacement en véritable opportunité.
Les guitares grondent, le Val-aux-Grès est désormais bien rempli et il ne reste plus qu’une formation pour achever le travail.
Et quelle formation.
Locomuerte : Bolbec passe en mode « Muy Brutal »
Puis Locomuerte débarque.
Et à cet instant précis, on change encore de dimension.
Quelques mois seulement après avoir ouvert la Mainstage 2 du Hellfest 2026, le groupe francilien arrive à Bolbec avec une machine live parfaitement huilée. Son crossover thrash teinté de hardcore, son chant en espagnol et ce groove latino revendiqué sous l’appellation « Chicano Mosh » sont devenus sa marque de fabrique.
Mais un concert de Locomuerte se raconte difficilement uniquement en termes de riffs.
Parce qu’il se passe généralement beaucoup de choses devant la scène.
Et Bolbec ne déroge pas à la règle.
Dès les premiers morceaux, les mouvements de foule s’intensifient. Les slams commencent, le pit s’agite et le groupe réclame toujours davantage.
Puis apparaît ce qui pourrait presque devenir une unité de mesure officielle des concerts de Locomuerte : le crocodile de slameurs.
Plusieurs festivaliers se suivent au-dessus du public dans une longue procession totalement improbable pendant que, sur scène, les Frenchicanos continuent d’envoyer leur Chicano Mosh sans lever le pied.
Des spectateurs finissent eux aussi sur scène.
La distance entre groupe et public n’existe pratiquement plus.
C’est chaotique, c’est généreux, c’est festif et, surtout, cela reste remarquablement fédérateur.
Bref : Muy Brutal !
Locomuerte offre ainsi à cette première édition exactement la conclusion qu’il lui fallait. Pas un concert qui termine tranquillement la soirée, mais une véritable explosion collective qui laisse le public avec cette sensation essentielle pour n’importe quel festival : l’envie que cela continue encore un peu.
Un site qui possède un véritable potentiel
Au-delà des concerts, cette première édition démontre aussi que le Val-aux-Grès constitue un choix particulièrement pertinent.
Son vaste espace extérieur permet au public de circuler facilement, de profiter des concerts sans impression d’écrasement et laisse surtout une marge importante à l’organisation pour envisager l’avenir.
Avec environ 650 festivaliers cette année, le site n’a évidemment pas encore dévoilé tout son potentiel.
Et c’est plutôt une bonne nouvelle.
Car il offre à À Core et à Cris la possibilité de grandir progressivement sans être immédiatement confronté aux limites physiques de son lieu d’accueil.
La disposition générale fonctionne bien : scène principale, Open Stage, restauration, bars, stands et espaces de circulation restent facilement identifiables.
Côté Metal Market, merchandising et exposants permettent de prolonger l’expérience au-delà des concerts. Food trucks et bars complètent logiquement l’ensemble, avec même la possibilité de découvrir la Chicano Mosh Beer de Locomuerte.
Une organisation solide pour un premier rendez-vous
Pour Enoly Productions, cette première constituait nécessairement un test grandeur nature.
Et le bilan est très positif.
L’accueil est fluide, les changements de plateau s’enchaînent correctement et les horaires sont globalement respectés. Le son accompagne correctement les différents registres proposés et les éclairages prennent naturellement davantage d’importance au fil de la tombée de la nuit.
Côté presse également, l’accueil et les conditions de travail permettent de réaliser interviews, photos et reportages dans de bonnes conditions.
Ce sont parfois des éléments moins visibles que le concert d’une tête d’affiche, mais ils comptent énormément pour la réussite et surtout la pérennité d’un événement.
Car une première édition se joue autant dans le pit qu’en coulisses.
Un projet s'est construit sur plusieurs années
Pour Enoly Productions, cette première constituait nécessairement un test grandeur nature.
Et le bilan est très positif.
L’accueil est fluide, les changements de plateau s’enchaînent correctement et les horaires sont globalement respectés. Le son accompagne correctement les différents registres proposés et les éclairages prennent naturellement davantage d’importance au fil de la tombée de la nuit.
Côté presse également, l’accueil et les conditions de travail permettent de réaliser interviews, photos et reportages dans de bonnes conditions.
Ce sont parfois des éléments moins visibles que le concert d’une tête d’affiche, mais ils comptent énormément pour la réussite et surtout la pérennité d’un événement.
Car une première édition se joue autant dans le pit qu’en coulisses.
Et maintenant ? Rendez-vous pour la deuxième édition
Alors, première réussie ?
Clairement.
Avec environ 650 festivaliers, une programmation variée, un lieu qui possède encore une belle réserve de capacité et une organisation déjà bien rodée, À Core et à Cris dispose désormais d’une base sérieuse pour poursuivre son développement.
Bien sûr, comme tout nouveau festival, l’événement pourra évoluer, affiner certaines choses et profiter du retour d’expérience de cette première.
Mais l’essentiel est ailleurs : le public a répondu présent et l’événement possède déjà une identité.
Et surtout, l’histoire ne s’arrêtera pas au 12 septembre 2026.
Au cours de cette première édition, les organisateurs ont en effet confié en exclusivité à Metal Décadence qu’une deuxième édition du À Core et à Cris Metal Fest était déjà prévue.
Finalement, c’est peut-être la meilleure manière de résumer cette journée.
En mars, À Core et à Cris cherchait ses premiers groupes lors de son tremplin.
En septembre, environ 650 personnes se retrouvaient au Val-aux-Grès pendant que Locomuerte transformait l’esplanade en immense mosh pit.
Et avant même la fin de la première édition, on parlait déjà de la suivante.
Le pari est donc réussi, Bolbec tient désormais son rendez-vous Metal.
À Core et à Cris vient seulement de commencer.
Rédaction: Bob Seignot
Photo: vinzcharp
